FRANÇOISE GIANADDALa cheffe du Service cantonal de la population et des migrations prend sa retraite et livre sa conviction sur la politique de l’intégration des étrangers.
Françoise Gianadda. La cheffe du service cantonal de la population et des migrations prend sa retraite et livre sa conviction sur la politique de l'intégration des étrangers.
Françoise Gianadda est non seulement l'une des rares femmes cheffe de service à l'Etat du Valais (depuis 23 ans), mais aussi une personnalité. Elle a en effet tenu le cap - et les chocs - de la politique des étrangers en Valais. Au moment de quitter son poste pour prendre sa retraite et laisser la place à Jacques de Lavallaz, elle livre une analyse forgée surtout à l'écoute des gens.
Le service de la population et des migrations que vous dirigez n'est-il pas trop lourd pour une seule personne?
Il est vrai que c'est lourd pour une seule personne mais il a été très judicieux de mettre en 1990 dans un seul service la gestion globale de la population qu'elle soit suisse ou migrante. Depuis l'an dernier, on ne parle d'ailleurs plus de «service de l'état civil et des étrangers» mais de «service de la population et des migrations» pour s'adapter aux nouvelles réalités.
La gestion de la population représente près de la moitié du travail: contrôle des habitants, identification, documents d'identité, état civil, etc. Et puis, il y a le volet des migrations qui concerne les étrangers. Cela touche l'octroi de permis et le contrôle des conditions de séjour avec des renvois lorsque ces conditions de séjour ne sont plus remplies ou lorsqu'il y a eu des comportements gravement contraires à l'ordre public.
Depuis quelques années, le service fait en outre en faveur de l'intégration des étrangers un gros travail dont le concept et le train de mesures ont été présentés ce printemps à la presse.
En quoi les problématiques de l'état civil et des migrations sont-elles liées dans un seul service?
Comme son nom l'indique le service gère l'ensemble de la population, suisse et étrangère, sur l'ensemble du territoire du Valais. Et l'on ne peut pas traiter certaines thématiques en dissociant les Suisses des étrangers. Prenons l'exemple des mariages de complaisance dont le nombre est assez élevé en Valais comme ailleurs. Le mariage est en effet pour certaines nationalités étrangères le moyen le plus sûr d'émigrer en Suisse. Lorsque nous avons des doutes, nous contrôlons l'authenticité des documents et la réalité de l'engagement.
Un deuxième problème qui nous a interpellé fortement dans notre travail et nous a encouragé à mettre sur pied une véritable politique d'intégration est la réalité, même en Valais, des mariages forcés qui impliquent beaucoup de souffrances pour celles et ceux qui les subissent. Nous avons reçu de nombreuses confidences dans ce domaine. La problématique touche d'ailleurs plus particulièrement certaines nationalités et nous avons été amenés à apporter souvent de l'aide à ces personnes en difficulté. C'est aussi cela qui nous a poussé à mettre sur pied une vraie politique d'intégration.
Mais sur quels principes se fonde l'intégration des étrangers en Valais?
Nous sommes partis des réalités vécues par des êtres humains dans notre canton, toutes nationalités confondues. J'ai personnellement toujours eu à coeur de leur offrir un certain accompagnement.
En discutant avec eux et surtout en les écoutant, on comprend mieux leur manière de fonctionner dans leur culture et l'on cerne ainsi d'autant mieux les problèmes d'intégration.
Je n'ai jamais vu ma fonction comme un rôle de police, même s'il faut faire respecter les lois. Conformément à la loi fédérale, le Valais a mis en place une politique d'intégration globale et cohérente. J'ai beaucoup travaillé, avec la commission cantonale d'intégration, pour proposer un concept complet d'intégration assorti de mesures. Ces propositions ont été acceptées par le Conseil d'Etat et leur mise en oeuvre a commencé.
Pour bien intégrer les gens il faut commencer par bien les accueillir en leur disant qui nous sommes, comment fonctionne la Suisse et quelles sont les valeurs de ce pays afin de les inviter à participer à notre vie sociale, culturelle et économique. Cette information doit se faire dans la langue d'origine assez rapidement après l'arrivée du migrant et la sensibilisation se poursuit dans le cadre de cours d'intégration liés aux cours de langues selon un programme défini. Le but est de toucher tout le monde. Les femmes occupent par exemple une place très importante dans le processus d'intégration des familles migrantes.
Et quelles sont les valeurs qui sont rappelées aux étrangers voulant vivre en Valais?
Le respect des droits humains essentiels comme l'intégrité corporelle et psychique, l'égalité homme-femme, ou encore le respect de l'Etat de droit et l'égalité de tous devant la loi. Cette sensibilisation est nécessaire pour réussir le vivre-ensemble et éviter le communautarisme (des lois et des règles différentes selon les communautés). Et s'il y a des problèmes avérés d'intégration, on peut passer une convention d'intégration en accord avec les autorités communales. Ma conviction est qu'il faut savoir bien accueillir tout en exigeant la réciprocité, c'est-à-dire le respect des valeurs fondamentales qui ont scellé notre pacte social et permis la coexistence de plusieurs cultures.
Il y a effectivement certaines valeurs sur lesquelles on ne peut pas transiger. On ne peut pas accepter par exemple l'excision, la polygamie, l'inégalité homme-femme dans les successions, et de manière générale tout ce qui peut compromettre l'intégration.
Une cheffe de service à l'Etat du Valais, c'est plutôt rare...
Cela m'a en tout cas permis, avec ma sensibilité féminine et à travers les nombreuses confidences de femmes étrangères qui m'ont beaucoup touchée, de mieux comprendre les enjeux de l'intégration. J'ai par ailleurs nommé nombre de femmes dans mes services et beaucoup favorisé le temps partiel pour permettre aux mères de concilier vie professionnelle et vie familiale.
LA QUESTION IMPERTINENTE
Certains vous ont reproché trop de rigueur dans l'application de la loi sur les étrangers.
Cette critique est simpliste. Il faut se demander ce que signifie appliquer la loi avec rigueur. Je crois que cela veut tout simplement dire être respectueux des décisions démocratiques.
J'ai toujours attaché une grande importance à la cohérence du système législatif qui fixe les conditions d'admission et de séjour, mais dit aussi précisément quand il faut y mettre un terme.
Je rappelle par ailleurs qu'en matière d'asile les cantons ne font qu'appliquer les décisions prises par les instances fédérales pour chacun des dossiers. Je comprends cependant qu'il aurait été parfois plus confortable de privilégier l'angélisme au détriment du respect de l'Etat de droit et de son cadre légal.
Le Valais a essayé d'appliquer de manière correcte la loi et l'a fait de la même façon qu'une majorité de cantons suisses, ni plus ni moins sévèrement. On ne peut pas jauger notre politique à l'aune d'un déficit d'application qui est, on peut le déplorer, le propre de certains cantons. J'ai beaucoup pris en compte le facteur humain. J'ai aussi toujours pris le temps d'écouter les gens et d'étudier sérieusement chaque dossier. Je me suis d'ailleurs beaucoup investie personnellement pour résoudre nombre de cas.
Retour à l'index